A Tunis, le Lycée Carnot: on était les Rois du Monde!

Nous habitions rue de Rome dans un bel immeuble construit par la compagnie d'assurances Trieste et Venise. À 50 mètres, sur la place, il y avait une Église Orthodoxe qui ravissait mon père par son architecture élégante et par la précision de ses sonneries. Il appréciait surtout la sonnerie des moins le quart qui avait un son plus grêle et il ne l'avait jamais prise en défaut bien qu'il en surveillât l'exactitude avec un gros réveil matin et une montre gousset de grande marque.

L’entrée des profs se cache derrière les fleurs

L’entrée des profs se cache derriére les fleurs

Sept heures moins le quart, il réveillait tout le monde et bousculait tout pour que je sois prêt à  aller dès 7 heures 20 au Lycée  Carnot qui était à cent mètres et dont le premier cours était à huit heures.

J'y arrivais trois ou quatre minutes après être sorti et j'attendais qu'arrivent les élèves normaux, ceux qui n'habitaient  pas si près du Lycée et dont les pères n'étaient pas des maniaques de l'heure .

Au fond de la cour, les toilettes et le souvenir des premières cigarettes, grillées en cachette

Au fond de la cour, les toilettes et le souvenir des premières cigarettes, grillées en cachette

Tous les élèves de la classe étaient des copains de jeux : foot avec une petite balle de tennis , noyaux d'abricot farcis de plomb, courses, batailles , billes en terre et agates  de verre..,basket, volley, baseball et toutes les parties se poursuivaient dans les rues après les classes.

Le Bureau 11 était tenu d’une main de fer par la Surveillance générale du Lycée

Le Bureau 11 était tenu d’une main de fer par la Surveillance générale du Lycée

Le Lycée : cours, leçons, interrogations écrites, travail à la maison, retenues, quatre heure de colle samedi après midi et carnet scolaire redouté.

Musulmans, chrétiens, juifs  les élèves et "Français de France " les professeurs.

Escalier d’accès

Escalier d’accès

Le Lycée : de grands bâtiments blancs avec une architecture hésitant entre le mauresque et le Bauhaus , de grandes cours fleuries et partout les copains, les rires et la joie de vivre au soleil  ou sous la pluie, la joie de vivre tout simplement.

A 10 heures, il y avait la récréation. On pouvait sortir par la porte de l'avenue de Paris, juste en face du magasin de maroquinerie "Lilette".

C'est cela mon Lycée Carnot, c'était un endroit magique avec tous les jeux possibles, on y travaillait bien , on réussissait et on était les rois du Monde !

Vue sur cour

Vue sur cour

Nous sommes tous passés par le Lycée, nous les "Tunes" et les souvenirs d'un pays fraternel ," les feux mal éteints" de notre jeunesse sont toujours  très près de nous, pas enfouis du tout , en nous.

Tout a changé : les Français sont partis , un libérateur, un despote, des islamistes se sont succédés et le Lycée a changé de nom : c'est le Lycée Bourguiba mais il est trop grand pour l'usage qu'on en fait et il allait disparaître .

Vue sur cour 2

Vue sur cour 2

Mais non , mais non, l' Ambassade de France va y installer ses services culturels dans l'aile droite et le Lycée est sauvé.

Salut mes Maîtres, salut mes copains du Lycée de tous les bords et salut au petit garçon que j'étais, vexé d'arriver le premier devant la porte du Lycée.

Par André Mamou

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  1. Josh Samuel says:

    Que de souvenirs!!!!!! j’y étais jusqu’en 65. J’ai du mal à reconnaître les lieux sur les photos.

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  2. Toumi says:

    vous faites partie de la Tunisie .TERRE d ACCUEIL depuis toujours!

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  3. saoussen says:

    que de beaux souvenirs !!!

    Répondre
  4. ZENATI Amira says:

    POUR MOI ancienne lycéenne tunisienne, non pas du lycée carnot mais du lycée bourguiba, lorsqu’il rayonnait aussi, quoique du temps du despote, aux années 90, céder une partie du lycée au centre culturel ce n’est point le sauver, c’est le défigurer, le greffer, chaque coin du lycée me rappelait un souvenir, il n’a jamais été trop grand pour ce qu’on faisait dedans: sport, loisirs, théâtre, cours, peinture, sciences de la vie, salles d’expérimentations, salles de lectures et bibliothèques…..ah le bon vieux temps!!

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  5. Alain B says:

    En ce qui me concerne j’ai été au lycée carnot de la primaire jusqu’au Bac en 1978 et j’en garde le plus merveilleux des souvenirs. De cette époque je me souviens de mes professeurs qui nous poussaient à étudier en nous donnons de magnifiques moyens
    Mes copains de lycée ont tous réussi dans la vie en devenant dentiste, médecin, avocat, chef d’entreprise …
    Merci à tous mes profs (M. Defosse : prof de science nat, Mme Béjà: Prof de math, M et Mme Castel prof d’anglais…) et à tous mes amis d’enfances juifs comme arabes ou catholiques

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  6. Bellali Hedia says:

    En ce qui me concerne, j’ai été au lycée Bourguiba entre 1985 et 1992, je faisais partie de la troisième cohorte de la du lycée. Ces photos me rappelle de belles souvenirs de la plus belle période de ma vie.

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  7. Frédéric B. says:

    Pour moi et pour beaucoup je pense ! c’était une chance d’être là ( années 70) ! il n’était pas évident de la prendre au vol ! Mais toutes les bases d’un futur meilleur s’y trouvaient ! Après , chacun sa vie ! En tous cas une éxpérience qui marque tout le monde . Mon père dans les années 1920 – 1930 y avait fait sa scolarité,,y a noué des amitiés solides et a pu grâce à cela poursuivre ses études de droit , de latin et de musique plus tard , en France ou il a connu entre autre « Bourguiba » !Mais cela est une autre histoire !

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  8. Denguir mahmoud says:

    De beaux souvenirs,on en a toujours!
    Mais je me souviens que c était le Lycée de l aliénation ou nous les musulmans ,on s apostrophait par nos noms ou prénoms prononcés à la française! Ce Lycée,ou j ai passé près de 7ans m à marginalise dans mon propre pays! Car de la belle culture islamo-arabe,des valeurs ,des postures et des repères y afférents,c était le désert total! Que d effort de réadaptation ont été nécessaire par la suite,pour m insérer dans mon milieu naturel!
    Par contre ,je ne renierai pas l ouverture d esprit,la tolérance et les prédispositions à l altérité que j ai hérité de cette expérience structurante

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    • André Mamou says:

      Le Lycée Carnot était un lycée français et la belle culture islamo arabe n’etait pas sa vocation . Personne n’etait Contraint d’aller dans un lycée français et beaucoup de mes camarades étaient ailleurs, par exemple au Collège Alaoui . Le Lycée Carnot était une bénédiction et il est inconvenant de lui reprocher d’avoir été ce qu’il devait être et de nous avoir ouvert l’espri!

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  9. Denguir mahmoud says:

    MR André Mamou
    Quel fallacieux discours que vous osez tenir!
    J en suis consterné et cela m amené justement à douter de votre ouverture d esprit!
    La culture avec un grand c est la reconnaissance ,de l autre et non pas la négation de l Autre!
    Je vous rappelle que l enseignement de l arabe était obligatoire à Carnot pour les élèves tunisiens,et qui représentait une ,source de problèmes,pour certains qui ont entamé leurs études en France ! Donc pour votre gouverne et pour votre informAtion,la dimension arabo- musulmane a été intégrée par la volonté des décideurs et des responsables concepteurs des lignes éducatives de l établissement…..et donc regmentairement,il devait prendre en considération la dimension arabo musulman qui représentait en outre l identité de la majorité population scolaire !
    Seulement,cetre démarche fut circonscrite à l enseignement de la langue arabe au sens strict du terme,faite ,par ailleurs au rabais,et ignorait les autres aspect de la civilisation en question!d autre part l esprit occidental y régnait en maître ,avec parfois les tendances de dévalorisation qui pouvaient s y rattacher dans l approche de la culture arabe
    Votre intervention est bien symptomatique de votre état d esprit car à l heure ou l universalisme tend à s imposer, ,vous êtes au stade de faire des catégorisations en occultant le fait que toutes les cultures se nourrissent mutuellement…

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    • André Mamou says:

      Le petit article que j’ai écrit il y a quelques années concernait mes souvenirs du Lycée Carnot vers 1955- 1960!
      Il régnait à cette époque une fraternité inoubliable , bien loin de la hargne que vous montrez dans votre commentaire ! La Tunisie de ma jeunesse , celle de mes ancêtres c’était un pays de sourire et de joie de vivre ! Abandonnez ce ton de donneur de leçons . Tunis c’est bien mieux que ça !

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  10. Denguir mahmoud says:

    Cher André Mamou
    Mon intention n est nullement de polémiquer!
    Je ne récuse ni renie en rien les belles années d amitié et de fraternité que vous évoquez si justement
    Ma remarque à propos de l’aliénation et l acculturisation d où découle notre appartenance à Carnot est à sa juste place; et vous concerne autant que moi ,vous l enfant de la Tunisie qui a été bâtie par des gens comme vous et moi,principalement israélites et musulmans,et dont nous avons le devoir d entretenir la mémoire et de perpétuer l héritage!
    En matière de leçons,je ne faisais que répliquer à votre remarque quelque peu moralisatrice!
    Mais un chat reste un chat !et aucun cas je ne suis hargneux,car ce lycée fut la clef de mon ouverture vers le monde,de l apprentissage de la vie,de la tolérance et bien plus,de ma prise de conscience que l individu tend vers le même destin et ressens les mêmes besoins quel que soit sa religion,sa nationalité ou son appartenance culturelle et que les vraies valeurs ,celle qui ne se démentent jamais,transcendent tout ceci!
    A l occasion du 1 er janvier,je vous souhaite une bonne et heureuse année !

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